U should close your eyes...

U should close your eyes...

On se mentirait en disant que l'on a jamais rêvé d'être une de ces poupées à 10 000 $...
On se mentirait en disant que rien dans ces dorures éhontées n'a jamais attiré notre regard...
On se mentirait en prétendant que nous avons tout ce qu'il nous faut...
La Vérité, c'est qu'il nous faut plus...
Toujours Plus...

*

Alors une histoire de Jeunesse Dorée, d'Amour Impossible, inspiration GG...
Une Histoire sans Happy End?

Qui sait...

Once upon a time...





Je suis ici.

# Posted on Tuesday, 28 October 2008 at 12:47 PM

Edited on Tuesday, 22 December 2009 at 6:55 PM

Hello, Bitch...

Hello, Bitch...
*

N.Y.C, lundi matin. Le métro déjà bondé,les rues fourmillantes de passants. Un petit vent d'automne se lève. Les passants se pressent sur les trottoirs. Un monde endormi sort de sa torpeur; une plèbe, un état. Septembre est là, banal, morose. Personne n'échappe à la banalité du quotidien. Personne? Vous ne connaissez pas Manhattan...

-

Manahattan, lundi matin, 06:45. Vite, vite. Les domestiques s'agitent à toute vitesse. Installer les raisins, la confiture, les tables. Les invités. Mrs Foch supervise les opérations. Elle rajuste son tailleur crème. Le téléphone sonne dans sa poche. Son agent.

-Harold? Je n'ai pas le temps.

Et elle raccroche.

-Sarah?

Une nouvelle année commence. Hello, bitch.

-

-Sarah?

Sarah enfile sa robe Prada bleu ciel. Reine de nuit, Reine de jour. Son dernier Motorola à la main, elle déscend lentement les escaliers et observe d'un oeil approbateur les tables installées dans le salon.

-Ce sera un brunch parfait, Maman.

Parfait, parfait. Tout sera parfait. Les talons Chanel de Sarah claquent sur le parquet. N'est ce pas de l'hypocrisie que cette perfection manipulatrice?
Allons... Un peu de tenue, Lady...

-

Manhattan, lundi matin, 06:59. La cravate de James se resserre autour de son cou avec un bruit sec. Il remet en place ses lunettes Armani et son sourire luisant d'orgueil, et se dirige vers la porte de sa chambre. Il traverse son immense appartement avec distraction, lance un petit sourire à sa mère, se dirige vers l'asenceur. Un nouveau jour commence. Une nouvelle victoire. Un nouveau pas dans le monde impitoyable des héritiers New Yorkais. Ces gens qui ne se promènent jamais sans leur sac Balenciaga ou leur pochette YSL. Ces gens qui suintent l'argent par tous les pores, ceux-là même qui obtiennent exactement tout ce qu'ils désirent. James s'engouffre dans la limousine. Aujourd'hui, brunch chez Mrs Foch. Sarah. Un rictus étire les lèvres de James. Une nouvelle année. Nouveau combat dans le royaume de la lumière. Qui seront le Roi et la Reine?
La porte de la limousine se referme dans un bruit feutré.
Quelle question...

-

Les invités affluent. Sarah sourit, offre quelques mots, désigne d'un geste gracieux les tables assignées. La crème de Manhattan est invitée au brunch de Mrs Foch, LE brunch de LA comédienne de l'année. Qu'en sera-t'il l'année prochaine? Il vaut mieux ne pas y penser...
Un jeune garçon aux cheveux noirs pénètre dans l'appartement et se dirige vers la fille de la maîtresse de maison. Tournée vers un riche entrepreneur, elle ne le voit pas arriver, ne se tourne pas quand il saisit sa main, et lui accorde enfin son attention lorsqu'il y dépose un baiser. En quelques secondes, elle enregistre quelques détails; les cheveux gominés, l'odeur, l'arrogance affichée dans chacun de ses gestes. Sa main se retire d'elle-même et Sarah s'écrie:

-James! Quelle surprise!

-La vie est pleine de surprises, Lady...

Puis, sans lui prêter plus d'attention, il saisit un petit-four et reprend:

-Ta mère devrait revoir son service d'entrée. Je n'ai pas été très bien acceuilli...

Sarah serre les dents et crache à voix basse:

-Dégage de mon chemin, si tu ne veux pas de ma main dans ton sale visage d'égoïste répugnant.

-A vos ordres, Lady...

Il se plie dans une grotesque révérence. Sarah se calme. Elle détache un raisin d'une grappe abondante, secoue une mèche bouclée de ses cheveux ébène et répond d'une voix suave:

-Au déplaisir, Waste.

Le raisin disparaît entre ses lèvres écarlates.
James déglutit. Elle est belle. Mais pas seulement.
C'est ça, le pire...

-

Allongée en romaine sur le divan, Sarah écoute distraitement les conversations alentour. Quels idiots. S'ils savaient. S'ils savaient combien Petite Sarah est plus belle, plus intelligente, plus qu'eux. Tellement supérieure. Ils ne valent rien. Aucun doute n'effleure son esprit. Simplement, elle le sait. Ils l'ennuient. Katarina Foch est assise à quelques chaises plus loin. Sarah l'interpelle.

-Je sors, Maman.

Oui. Pas besoin de demander. Tout est permis ici, Lady. Ce n'est pas pour rien que nous sommes à Manhattan...

La Reine est revenue...

-

Sarah. Sarah. Sarah. Manhattan broie son nom sous les rails du métro. La limousine tourne au hasard, guidée seulement par les désirs fugaces d'une petite fille trop vite grandie. La complainte de sa naïveté résonne dans les aléas du cuir. Rien n'a jamais été et ne sera jamais normal dans ce monde d'artifices. Une moralité noyée dans l'absinthe, un quotidien avili dont plus personne ne voit le manque de saveur, tout est enfermé dans cette bulle d'or en forme de prison.

-

Premier jour de terminale au lycée White Mother School. L'effervescence se lit sur les visages. Un tourbillon de richesse entoure les jeunes héritiers new-yorkais. Souvenirs des Hamptons, des Baléares, de Miami. Sea, sex and sun. [And money.] Mais tout est fini, et l'automne éclaire ce premier jour d'une nouvelle année. Sarah regarde un instant les grilles dorées de son école, cherche des yeux ses futures victimes. Elle est vêtue d'une blouse à lavallière blanche fermée par un n½ud de ruban noir, et d'un serre-tête dans les mêmes tons placé dans ses boucles faussement désordonnées. Tout en elle respire la féminité et le luxe. Un rayon de soleil fait briller le griffe Chanel du sac rouge à son bras. Elle contemple calmement son territoire, son royaume. Quelqu'un vient se placer de l'autre côté de la grille. James. Encore lui. Il flamboie dans son manteau orange vif. Sarah sourit, il n'y a que lui qui ose s'habiller comme ça. Il la salue de la main, elle ne lui répond pas. Ils se taisent et jaugent ce peuple qu'ils veulent tous deux dominer. La cloche retentit. La cour se vide. Sarah commence à s'éloigner.

-Bonne chance, James.

Elle ajoute quelques mots:

-Contre moi, tu en auras besoin.

Un sourire moqueur éclaire les lèvres de James. Les talons Miu-Miu de Sarh claquent presque rageusement sur l'asphalte froid. L'année promet d'être divertissante.

-

Sarah marche dans la cour comme au ralenti, exposant sa splendeur scandaleuse aux yeux des autres lycéens. Son visage fermé rayonne, et attire les regards des individus à ses côtés. Ses yeux à elle sont froids, froids comme le marbre précieux, froids comme un cristal que rien ne pourrait briser. Et ils restent fixés sur l'horizon, toujours devant, toujours plus haut, et ils ne regardent jamais en arrière. Tout derrière elle peut bien s'effondrer, la jeune fille marche vers le futur. Et rien ne pourra l'arrêter. Non, rien.
Son ''peuple'' la suit fidèlement, jeunes filles friquées avides de reconnaissance et de gloire. L'une d'elles propose un petit déjeuner au SoHo puis une escapade chez Bergdof et Diane Von Fustenberg pour la matinée du lendemain. Sarah hausse les épaules et lâche un ''Pourquoi pas?'' désintéressé.

-

Le petit téléphone Vertu serti de diamants vibre dans la poche de Sarah. Elle l'en sort et, nerveuse, le laisse tomber à terre. Un petit éclat de pierre précieuse reste au sol, mais elle ne s'en préoccupe pas. Quelques minutes plus tard, elle raccroche, ébranlée. Puis se ressaisit. Il faut qu'elle annonce la nouvelle à sa mère.
Sarah part, et seul reste sur le trottoir d'une rue de Manhattan l'éclat scintillant de sa fragile passion.

-

Sortez vos escarpins Manolo et votre robe Chanel! La nouvelle ère n'est pas prête de d'arriver, New-Yorkais de mon c½ur! Il y aura toujours nos héritiers préférés et les autres. Entre lions et agneaux, tout le monde sait qui ne fait pas le poids. Indice: ce ne sont pas les lions!
Un Fashion Show se prépare à Manhattan, et inutile de dire qu'il n'est pas des moindres! Donatella expose ses merveilles de tissu sur des portemanteaux peu communs: Qui? Je vous réserve la surprise...


-

Katarina Foch ouvre des yeux grands de stupeur, tortillant machinalement une mèche de ses cheveux bruns. Devant elle, Sarah arbore un sourire satisfait. Une fois de plus, c'est elle qui gagne. Mais tout le monde sait combien la défaite et la victoire se ressemblent... Derrière l'émeraude de ses yeux ouverts, Sarah rêve d'un monde de gloire et de tissu satiné, ce monde à portée de main qui ouvre une porte sur son destin. Quelqu'un à qui parler. C'est ce qu'il lui faut. Sarah cherche dans sa mémoire si elle n'a pas un petit-ami-parfait disponible en ce moment. Mais si. Bien sûr. Comment a-t'elle pu l'oublier? (En fait, Sarah sait très bien comment elle a pu l'oublier.) Edward.

-

Le téléphone d'Edward vibre sur la table jonchée de jetons colorés. Le jeune homme grogne d'une façon absolument non-élégante et contemple l'écran sur lequel s'affichent des lettres qui dansent dans sa tête rendue lourde par la gueule de bois. S...Sa...Sarah...Sarah! Et m****! Edward, tout en essayant désespérément de retrouver son boxer Calvin Klein, tape sur son LG dernier modèle un message pour sa petite amie:

''J'arrive.''

Difficile de faire plus laconique.

-

Derrière l'écran du minuscule Motorola, Sarah trépigne.

-

Mais où est ce costard Hugo Boss?

Edward regarde l'immense salle où les épaves de bouteilles de champagne et de tables de jeu semblent le narguer. Il soupire en appuyant sur le bouton du room-service.

La journée promet d'être longue.

Très longue.

***

# Posted on Monday, 03 November 2008 at 8:55 AM

Edited on Thursday, 24 September 2009 at 5:08 AM

Let's go to the Fashion Show! [Dress Code : Treason, Glory and Beauty. ]

Let's go to the Fashion Show!                [Dress Code : Treason, Glory and Beauty. ]
*

La légende dit que les seules chaussures à talons sur lesquels on peut cavaler sans se ruiner les pieds sont les merveilles hors de prix de Christan Louboutin. Sarah la vérifie ce matin, courant à en perdre haleine sur les trottoirs de Manhattan pour attraper un ''cab''. Pas question de paraître prétentieuse en arrivant en limousine! En cette fraîche matinée de septembre, notre héroïne se la joue working girl en babies jaune canari CL, jupe plissée à carreaux gentiment arrêtée au genou Ralph Lauren, veste de costume ample noire BCBG, polo couleur soleil YSL et cravate déserrée noire de chez Chanel. Pour la touche personnelle, la fashion victim s'est permis d'ajouter ces adorables lunettes mouche Balenciaga achetées cet été dans les Hamptons et son indispensable sac Prada très old shool. Le rendez-vous est approximativement dans 10 minutes et le lieu se situe à peu près à l'autre bout de l'Upper East Side. Autant dire que pour Sarah, la journée est loin de bien commencer...

-

James, quant à lui, boit un scotch dans un ravissant café au nord de Manhattan, en compagnie de sa petite-amie actuelle, dont il lui est en ce moment impossible de se rappeler le nom. Monica? Non. Alexandra? Non. Blake? Non. Rosa? Non. Leighton? Non. Sarah? James rit intérieurement. S'il avait eu Sarah en face de lui, il ne doute pas qu'il aurait été capable de se souvenir de son nom, ou du moins qu'elle le lui aurait rappelé. Non pas qu'il aie envie, ne vous trompez, d'avoir une telle peste sur le dos dès le petit-déjeuner, mais il faut admettre que l'Impératrice du lycée le plus chic de Manhattan ne manque pas de piquant. James se reconcentre sur le décolleté de sa voisine. Bianca? Non. Amanda, peut-être...

-

Anna Pavlova a un fort accent russe célèbre dans le monde du mannequinat. En effet, elle ''coache'' ses models avec une virtuosité devenue légendaire, accomplissant presque toujours des sans-faute à la pointe du fashion. La maison Versace lui a donc confié le soin d'organiser un défilé pour l'élite de Manhattan, utilisant comme mannequins les jeunes filles des bonnes familles, par ailleurs susceptibles de devenir acheteuses.
Anna attend, et elle en a marre. Elle a 40 mannequins à briefer, et cette petite peste d'héritière des Foch n'arrive pas. Anna consulte nerveusement ses fiches. Sarah Foch, Elise Ark, Caitlin Andrews, Victory Vondermeij, Kaya Mell, Sunshine Lenny... Un bruit de pas la sort de ses réflexions. Sarah, à bout de souffle, se plante devant Anna.

-Vous êtes en retard, Miss Foch.

-Je sais, Miss Pavlova.

Sarah ne s'excuse jamais. Elles s'affrontent, regard bleu contre regard vert, acier dur contre verre glacé.

-C'est bon.

La femme indique à Sarah le chemin des loges. Tandis que la jeune fille s'y dirige, Anna prend le temps de l'observer. Cheveux ébènes mi-longs, courte frange effilée, make-up et dressing parfaits, longs cils noirs, bouche fine, silhouette longue et petite poitrine. Bien.
Anna note quelques mots sur son dossier, le referme et quitte la pièce.

-

Sarah s'immerge dans cet univers qui jusqu'ici lui était inconnu, s'imprègne de la perfection apparente de cette machine à broyer les corps et à élever les âmes. La jeune fille sait sentir le parfum de l'absolu, et elle mesure combien le danger est grand de succomber aux attraits de l'apparence, pourtant elle est persuadée qu'elle est plus forte que tout cela. Alors oui, elle se laisse tomber dans cet océan de volupté, respire des fleurs au parfum de mort et aux pétales de soie. Organza, laine, brocart, vinyle, lin... Ces mots la frôlent, tourbillonnent entre les jambes ultra-fines des mannequins, et s'échappent par la fenêtre, surplombant la pièce de leurs parfums moqueurs. Sarah inspire une bouffée d'air vicié. N'est-ce pas un avant-goût du Paradis?

-

James pose une main sur le dos de sa compagne endormie, caresse doucement sa peau satinée. Il se lève, se vêt d'une chemise légère et d'un pantalon, prend une cigarette. Il tire des bouffées longues et tranquilles, comme s'il avait tout son temps. Le miroir encadre son visage aux traits presque féminins de son bois d'ébène. James ne se trouve aucun défaut, et il n'en a pas. Il est comme ça; parfait, quoi qu'il y fasse. Quel ennui, My God. Une petite pilule souriante disparaît dans sa bouche; et le soleil n'est même pas encore levé. Il est l'heure de laisser le jour étendre son empire sur la ville, l'heure de laisser cette fille dormir en paix jusqu'à son réveil difficile, l'heure de se jeter dans le fleuve, sous les lumières. Eh bien, allons-y.
La porte se ferme sans bruit.

-

James est un homme qui n'a pas -plus- de préjugés. Il ne fait que cheminer dans les rues new-yorkaises, il slalome entre ses désirs multiples, il s'accorde à la pourriture de son monde. Il virevolte, coups bas et couteaux, enfant à la dérive dans cet univers de géants immondes. Il se met à la portée des lumières; celles qui brûlent, les lumières du cabaret les soirs d'hiver, les lumières perdues dans la neige ou un fond d'un manteau de vison. James est beau, c'est l'Apollon de Big Apple, dieu des fourbes et des faibles. Le jeune homme sanctifié laisse les ruelles le perdre avec joie. Aujourd'hui, il fera jour.
Peut-être.

-

Sarah regarde les tissus s'accorder sous ses yeux comme une musique. Rien ne réveille la jeune Lady de son sommeil artificiel, mais elle se tourne quand on pose la main sur son épaule; le charme est rompu. Une femme en costume d'homme -Versace, of course- lui donne son emploi du temps de la journée et lui agrafe à la poitrine un papier où est inscrit un numéro -7-. Les jeunes filles de la bonne société, dans la pièce où Sarah entre, croisent et décroisent leurs jambes parfaites, nerveuses Aphrodites. Tour à tour, elles disparaissent dans l'office d' Anna Pavlova, et en ressortent aussitôt, le visage neutre. Sarah frémit.

-

-Foch, Sarah!

C'est bien son nom qui retentit dans la pièce, froid et princier. Sarah se lève, entre dans la pièce et referme derrière elle une porte d'acajou aux lourdes dorures. Anna Pavlova, assise dans son fauteuil, pose son regard sur elle, le jauge comme dans un marché aux esclaves, et sourit. Oh, un sourire fugace, sourire-éclair, une traînée de rouge traversant un tableau noir, un sourire moqueur et mauvais augure, mais malgré tout une forme d'approbation. La Barbie Russe dévoile d'un geste de main une housse beige postée dans le coin du bureau. Le son de la fermeture éclair qui s'ouvre, et Sarah se trouve éblouie. La robe qui se trouve ici, c'est la robe dont toute les petites filles rêvent, la robe de bal. Immaculée, longue et droite, son bustier coupé recouvert de tissu transparent et pailleté, c'est le symbole du luxe et de la vertu que la jeune femme perd chaque jour. C'est la mariée. Sarah sera The Bride.

-Vous pouvez sortir, Miss.

Mais en réalité, c'est une entrée qu'elle lui offre, dans la cour de la grandeur et de la pureté factice.

-

Peau laiteuse, regard enjôleur, James repose sur son lit, Adonis à la dérive. Dans sa main, une lettre. Une invitation. Le défilé Versace. Pourquoi ne pas y aller, rien que pour avoir le plaisir de remplir une de ces journées vides de sens? James aime la beauté. C'est un esthète. Il construit sa propre collection au fil du temps, taillée dans la pourriture de sa vie, tressée de fil d'or. Des splendides pièces de chair sans âme, qu'il assemble dans son ennui, incessant poète. La nuit enveloppe le jeune artiste. Elle lui rend son enfance volée. Les tentures disparaissent dans l'ombre, ne laissant que l'homme en proie à ses démons nocturnes. Il se débat quelques instants, puis quoi? Sans doute se rend-il compte que son combat est vain, et il abandonne son c½ur à Morphée. Un monstre se réveille dans ses entrailles.
''Sarah sera là.''
C'est sur cette pensée qu'il sombre.

-

Sarah ôte ses lunettes et scrute le petit groupe de futures mannequins. Une inconnue s'en éloigne et sort de son sac Missoni une boîte de Camel Pink. Elle s'approche de la jeune Foch.

-Un briquet?

Elle a une voix légèrement traînante qui lui donne le chic d'une actrice des années 90. Sarah lui tend son briquet en acajou et la dévisage. Ses cheveux blonds tombent en boucles régulières sur ses épaules, où les bretelles grège de sa saharienne reposent. Le tout complété par des escarpins blanc cassé, dans un bon goût très safari. La Reine s'est trouvée une amie dans sa course vers nulle-part.

-

Shaï. Elle s'appelle Shaï, fille de bonne famille, élevée comme toutes entre sexe, mensonges et trahisons. Égarée dans la recherche d'un absolu qu'elle sait inaccessible. Étoile de l'ombre. Elles étaient faites pour s'entendre, n'est-ce-pas? Étrange monde où l'on crée des liens sur le podium. A les voir ainsi, noyées dans ce nuage de fumée et de mystère, on croirait deux égéries antiques au sourire épars. La vie est une histoire sans fin.
Deux petites araignées. Qui aura le plus de venin?

-

Casino. Casino écrit en grandes lettres sur le front du Bellagio, dans le parking duquel la Porsche noire de James se gare dans un glissement feutré. Las Vegas. Enfin. Il doit avouer que cela lui a manqué, les jetons de couleur, l'exaltation des joueurs, la sueur... L'argent. Il a bien essayé de s'échapper, oui, mais il n'a pas pu s'empêcher de revenir. On revient toujours à Las Vegas. L'héritier des Waste ajuste son costume Dior et pousse les portes du Casino. Le Jeu. Partout il la sent, l'excitation du Jeu, la passion qui anime ces corps vides de sens. Il se dirige vers le Black Jack, interpelle le croupier. Il jouera au poker plus tard. Oui, cette nuit, c'est décidé, il aura le Jackpot.

-

Un vigile le rejette au dehors, tard dans la nuit et pour une raison obscure, et tout à coup les lumières disparaissent. Dans les yeux du jeune homme allongé sur le béton, il n'y a que le néant. Il a sûrement perdu beaucoup d'argent ce soir, mais tant pis. Tant pis? Puisque il le faut. Il voudrait vomir sa médiocrité au visage de ceux qui lui répètent du matin au soir que l'argent fait le bonheur. Le bonheur? Il rirait, s'il en était capable. Il se sent tellement, tellement inutile. Sa perfection désespérée cachée derrière un masque d'arrogance, il se relève, les joues gangrenées de larmes acides. Il se remet en marche, parce que c'est un battant. Il ne laissera pas tomber. Non. Quand il tombera, le monde tombera avec lui. Il se fond dans la nuit avec l'agilité d'un chat et la grâce d'une fée.
''This is how I disappear...''

-

Sarah rejette la tête en arrière pour rire à une plaisanterie de Shaï. Ses cheveux noirs étincèlent sous les spotlights. Beauté. Elle est si sûre de sa supériorité que rien ne peut l'empêcher de rire. Naïveté. Non, non elle n'est pas naïve, loin de là. Mais enfin. Elle devra apprendre à se battre, elle aussi. Bec et ongles. Son sourire vermillon défie le monde entier. Elle bat presque la mesure de son pied estampillé Louboutin, mais un pressentiment, léger comme un souffle vicié, l'en empêche.

-Mell, Shaï.

La jeune blonde se lève, et avec un petit geste de la main en direction de sa compagne, rejoint l'onéreux bureau. Le regard de Sarah la suit avec la précision d'un scalpel. Elle est splendide. Oui, mais elle n'est pas Elle, elle n'est pas Sarah. Ironie.

-

Sarah est appelée dans la pièce quelques instants plus tard. Le dos tourné, elle ferme la porte. Le loquet émet un bruit de carillon. La jeune fille se tourne pour saluer Anna, mais sous ses yeux, une forme enveloppée de tulle lève la tête vers elle. Moulée dans une robe blanche, outrageuse de magnificence, les cheveux gracieusement disposés sur ses épaules pâles, une jeune fille lui sourit. Shaï.

Sarah ferme les paupières.

Anna étire ses lèvres en un rictus pervers, avant de tenter de lui expliquer la situation.

Sarah la stoppe d'un geste de main.

Elle serre les poings, enfonce ses ongles dans sa main jusqu'au sang.

Respire, Lady.

Un souffle.

Trahison, gloire et Beauté.

***

# Posted on Friday, 07 November 2008 at 9:56 AM

Edited on Thursday, 24 September 2009 at 5:11 AM

[Spotted : S making her own fairy tail.]

[Spotted : S making her own fairy tail.]
*

Sarah, le sang aux poings, regarde Anna sourire tandis qu'une rage froide incendie ses membres et son indécente beauté. Mais rien ne peut arrêter le feu, l'ouragan, ni la tulle ni les convenances. La vengeance est le maître-mot. Dans l'Upper East Side, tous les coups sont permis, manigances et poignards dans le dos, sexe et diamants à l'appui. Mais aucune peste ne vaut Sarah,et alors que, perchée sur ses Louboutin, elle tourne les talons, secouant ses cheveux ébène d'un air hautain, un plan se forme déjà dans son esprit.

-

Elle le sait, elle l'aura, son mariage. Maintenant qu'il est là, sous ses yeux, désespérément avorté, elle ne l'en désire que plus. Cette garce blonde ne sera pas la Mariée à sa place. Parce que toute Sarah qu'elle soit, reine des neiges au c½ur glacé d'une souffrance inique, elle le veut, ce minuscule éclat de bonheur noyé dans un bain de gloire. L'illusion d'un jour qui lui serait dédié, à elle et à un amour sincère et partagé. Sarah secoue la tête. Elle se demande d'où lui viennent ces aberrations, hausse les épaules, tourne les talons.

Clac-clac, font ses chaussures.

Clac-clac, fait le cadenas en se refermant sur son c½ur.

Jamais elle ne saignera.

-

James, pour une fois, ne vagabonde pas au gré de sa mélancolie princière. Au contraire, immobile, il se concentre sur son reflet. Dans la glace, un homme ne lui sourit pas, bien trop occupé à se faire ajuster son smoking crème par de multiples ouvriers de chez Paul Smith. Il passe la main dans ses cheveux. C'est un geste habituel chez lui, il se dégage la vue sur le monde et l'emprise qu'il a sur lui. Enfin. Comme toujours, ses cheveux retombent souplement, dissimulant ses yeux vert d'eau. Sa beauté a quelque chose de tranchant malgré son indolence.

-

Sarah attend son heure. Et elle viendra, oh oui, plus tôt que prévu, elle en est sûre. En attendant, dans les bras d'Edward qu'elle embrasse à pleine bouche depuis le début de l'après-midi, la jeune impératrice de Manhattan se détend. Pourquoi ne pas passer un peu de temps au spa, quand cet imbécile riche, beau, et -oh combien!- dénué de neurones se lassera de son corps parfait? Ce n'est pas que ce ne soit pas agréable, mais ce serait encore mieux si il prenait le peine de ne serait-ce qu'augmenter le niveau intellectuel de la conversation quasi-inexistante, histoire d'essayer de rentrer dans l'une des universités de l'Ivy League sans l'aide de Papa-Maman pleins aux as.

-

Ils sont ainsi deux à s'ennuyer ferme dans les bras de leur conjoint/conjointe, James se retient de s'endormir, alors que la jolie fille dont il ne se rappelle plus le nom -pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé- lui raconte en long et en large sa vie mortellement inintéressante. Un Martini pour faire descendre cette conversation indigeste? Oui, pourquoi pas...

-

-Maman.

Katarina ne prend pas la peine de lever les yeux de son livre.

-Oui, ma chérie?

-Maman.

Surprise par le ton inhabituellement posé que sa fille emploie, l'actrice redresse la tête.

-Quand est mon anniversaire, Maman?

La femme, gênée, baisse le regard et semble réfléchir quelques instants.

-Je ne sais pas, Octobre, par là?

Sa fille lui répond d'un ton sarcastique.

-Bravo, il y a au moins une lettre en commun...

La porte de la chambre se referme doucement, à l'image de la propriétaire de la chambre que la douleur de cette conversation enferme dans un cocon d'amertume.

-

Katarina Foch ne dit rien. Elle n'essaie pas de retenir son enfant. Elle reste là assise en silence quelques instants, les lunettes sur le nez et les yeux songeurs. Elle paraît pensive, méditant sur ce qu'elle fait subir à sa famille. Sa seule famille. Mais une porte se ferme dans son esprit, tout redevient noir, l'artiste replonge dans son livre sans remords. Alors qu'elle tourne la page, on peut apercevoir le titre: Oliver Hood, Golden Prince. L'homme sur la photo sourit, le bras refermé autour de l'épaule de sa femme. La même femme que celle qui lit dans ce fauteuil, dix ans plus tôt.

-

Juste avant de refermer la porte, alors que sa mère, atone, reste inerte dans son fauteuil, Sarah crie, du haut de l'escalier:

-Je suis née en Avril, Maman! Tu le sauras, pour la prochaine fois!

Elle se plaque sur le mur de sa chambre, des larmes plein les joues.

-Le 17 avril 1992...

La femme en bas ne bouge pas.

-

Sarah pleure sans bruit, le visage enfoncé dans sa couverture jaune pâle. C'est une couleur apaisante, lumineuse, et alors que la jeune fille, les yeux enfin secs, la contemple à s'en brûler les pupilles, elle ne peut rien voir d'autre qu'eux. Eux. Sa mère riant aux éclats, accrochée à son père, et elle traînant à leurs pieds, petit animal qu'ils oublient parfois dans leur bonheur mais qui en fait partie intégrante. Ils courent dans le magasin et quand Sarah pointe son doigt sur cette couette, ils se tournent vers elle et la félicitent pour son choix. Ils l'embrassent. Rien ne compte plus que ce souvenir qu'elle voudrait pouvoir garder, recueillir au creux de ses doigts comme un feu mourant, et ranimer, faire revivre cette joie si folle mais qui pourtant a été vivante. Ils ne se plaindront pas de ce qu'elle est devenue. C'est leur faute. Sarah s'installe dans le miroir et se remet un peu de fond de teint Perfect de Chanel. C'est leur faute. Sa faute.

-

James se prépare tranquillement pour le Fashion Show, prêt pour ce festin de beauté. Il remet sa mèche rebelle derrière son oreille, mais elle retombe libre. Le coin de sa bouche se relève légèrement dans le miroir. Il a l'habitude. Il serpente dans un des couloirs de l'immense qu'il habite seul. Son père vit en Chine avec sa nouvelle femme. James passe les voir parfois, le temps d'un aller-retour furtif, et il les aime bien, d'ailleurs, avec une indifférence joviale. Ils ne sont pas sa famille, ces gens aimables qui vivent au 24ème étage dans un palace à Pékin. Il ne les connaît pas. Plus.

-

Le jeune garçon passe dans la cuisine que les domestiques ont désertée en cette heure tardive de l'après-midi, et compose un plateau-repas sommaire, composé de fruits, de chocolat, et d'un reste de soupe à la dinde auquel il ajoute une tartine de caviar. Il porte son plateau jusqu'à la porte aux dorures de la deuxième aile, celle qu'il a fait mettre en travaux. Il le pose le temps de sortir de sa poche une petite clé en laiton qu'il introduit dans la serrure. En s'ouvrant, la porte fait un petit ''clic'' métallique. James se rappelle mentalement de signaler cela au serrurier. Il monte les escaliers avec le récipient en argent, et passe le seuil d'une pièce aux tentures colorées. Quelques paroles étouffées traversent la paroi, puis l'adolescent ressort, délesté de son plateau, une impression de grande lassitude mêlée de joie triste sur ses traits. Il remet en place le cadenas qui ferme la pièce, et repart. On dirait que The King ne vit pas si seul, finalement...

-

Sarah, dans les coulisses du défilé, tend ses ongles à un jeune employée en blouse blanche. Celle-ci lui vernit les ongles en mauve clair, passe le relai à une maquilleuse puis à une coiffeuse qui la transforment. Une habilleuse vient la chercher et lui montre les vêtements qu'elle doit porter. C'est une robe tout en perles mauve pailletée d'or, cousue sur des sous-vêtements en dentelle couleur chair. Un diadème ceint le front de la jeune modèle, fait d'or, d'améthyste et d'un unique pierre de jade ovale au centre. Un voile lui aussi perlé retient ses cheveux, inspiré sans doute des grandes dames du Moyen Age et de la Renaissance. Et toute cette beauté fragile, torturée, cette cascade de perles montée sur cette jeune fleur malade, tout cet attirail prêt à tomber se tient en équilibre sur deux chaussures, deux escarpins immenses et énergiques, deux bouts de métal doré qui tranchent sur l'ensemble de ce tableau imparfait et touchant. Ils ont les talons en forme de gouttes, de grosses gouttes de pluie ou bien de sueur, lourdes, grasses. Dures. Et le tout forme une statue mouvante, une égérie sortie d'époques mêlées, une fée ou bien un ange, bref une créature fantastique et improbable.

-

James pénètre dans la salle. Il s'assied, il regrette de ne pouvoir assister à la préparation des mannequins. Il a vu ce rituel une fois, avec sa mère, et a été fasciné par ce ballet de pinceaux et de formes, par cette somptuosité, par l'odeur même qui se dégage de ce lieu. L'atmosphère malade d'un monde au-delà de toute norme, où la folie se transforme en beauté. James rêve. Mais ce n'est pas la première fois. Il farfouille distraitement dans le petit sac qu'il a posé sur la chaise d'à côté et qu'il avait auparavant enlevé de la sienne. Il y trouve divers objets féminins, dont un parfum de Marc Jacobs, Daisy. Le flacon est surmonté de deux fleurs jaunes découpées grossièrement dans le métal, qui donnent un côté enfantin au parfum. Le jeune homme enlève le bouchon et respire. Mmmm... La nostalgie le saisit, lui qui pourtant y est si peu enclin, en sentant cette odeur de violette et de muscs, cette odeur assez classique il faut le dire, cette odeur que pourtant il n'a jamais senti auparavant. Ce doit être l'automne. Oui, les feuilles tombent, la mélancolie... James a déjà oublié. Les lumières s'éteignent, éclairent le podium.

-

On ne donne que quelques minutes à la jeune fille pour se regarder. Dans le verre du miroir, elle ne voit rien, juste cette étrangère qui la regarde, et elle sent que quelque chose dans ces yeux lui appartient. Quelque chose qu'il faudra retrouver, faire remonter à la surface, aussi dur que cela puisse être. Quelque chose qui lui appartient, qui la rend humaine. Quelque chose, mais quoi?

-

C'est l'heure. Sarah est l'une des premières mannequins; elle passe troisième. Elle n'a pas le trac. C'est son univers, et d'une certaine façon, cela ne changera rien. On le regardera peut-être, quoi, un peu plus. Et encore. On lui signifie d'un coup de tête qu'il faut y aller. Elle s'avance. Les spotlights ne l'éblouissent pas. Elle marche de son pas calme, le bassin en avant, dans son attitude délicieusement snob, la menton haut. Arrivée au bout de l'allée, elle prend le temps de jauger l'assemblée, sans baisser les yeux. Elle tourne, place sa main sur sa hanche, voit quelques personnes noter des choses sur leurs carnets. Elle ne sourit pas. Mais elle se sent bien. Pour un temps, une mesure de gloire à peine plus aigüe que les autres, elle oublie ses instincts de vengeance. Elle se sent apaisée et vide en même temps. Son corps ondoie dans la robe chatoyante, projetant des éclats de lumière dans la salle. Ses paupières soulignées d'une grande envolée de doré et de noir font d'elle l'actrice de la salle, la projection surréaliste de cette minute. Sarah se sent comme... envolée.

-

Et voilà une autre de ces déesses qui sort des coulisses, le visage fardé, la démarche droite, sans sourire. Seulement cette magnificence collée au corps et qui dépasse toute mesure. Un instant, un seul instant, son regard se pose sur James et il reconnaît, il la reconnaît. C'est elle, dominant le monde du haut de son estrade, c'est elle. Sarah.

-

Une sorte de vertige atteint le jeune homme. Dans cette atmosphère chaude et posée, saturée d'odeur humaine, une certitude s'ancre dans son cerveau, une de ces certitudes qu'ont les adolescents en mal d'amour, un minuscule embryon d'affection noyé sous des litres de prétention.
Je l'aurais.
Il l'aura.
Il le sait.
Sa proie s'en va comme pour le narguer, elle serpente le long de l'allée. La fête est finie, boy. Et il s'en va.

-

Sarah court entre les tringles chargées de vêtements somptueux, toujours vêtue de son costume de marionette qu'on croit duper. Il lui colle au corps. Mais ce qu'elle veut, c'est une housse couleur chair, une grande housse qui contient un rêve qu'elle voudrait faire plus qu'effleurer. La voilà. La jeune femme la saisit religieusement entre ses doigts et disparaît.

-

-Mais elle était là! J'en suis sûre!

La jeune assistante d'Anna Pavlova, tremblante d'expectative, assure d'une petite voix que la robe n'a pas bougé depuis que Mademoiselle Pavlova elle-même l'a posée. Shaï les rejoint, et, le regard glacial, intime l'employée au silence. Un silence incomfortable s'étend sur le petit groupe. Le regard de Shaï scintille comme un diamant prêt à découper une pièce d'acier. Soudain, une clameur les atteint, diffuse. Elles entrouvrent le rideau rouge qui tombe à leurs pieds. Elles regardent. Et elles voient.

-

Sarah virevolte sous les applaudissements, la tête penchée, toujours perchée sur ses talons interminables. Près de sa gorge, elle tient le bouquet de roses comme pour se protéger. Une épine lui érafle la gorge. Une seule goutte de sang dévale sa poitrine et tombe dans son corsage. Une perle écarlate. Vengeance. Dans sa bouche résonne une saveur diffuse, entre la satisfaction et l'amertume. Son mariage. Les gens se lèvent, la contemplent, elle, l'incarnation de leurs plus grands désirs. Pauvres mortels. A travers le rideau, la jeune étoile accroche les éclairs de Shaï. Elle lui sourit. Qui sème la tempête récolte l'ouragan. Une fraction de seconde, elle remarque que le siège devant elle est vide, le siège de James. Elle se demande pourquoi il est venu, d'ailleurs. Un sentiment lui irrite l'âme. Pourquoi est-elle déçue qu'il ne soit pas resté jusqu'à la fin? Enfin, peu importe.

Elle se retourne.

Disparaît dans les coulisses, fée légère, éphémère apparition.

Une pétale s'échappe de son bouquet.

Se pose sur une chaise vide.

Doucement.

Laisse une odeur couleur passion.

Rouge sang.

***

# Posted on Thursday, 08 January 2009 at 2:15 AM

Edited on Thursday, 24 September 2009 at 5:15 AM

[Cats don't swim, but they scream ]

[Cats don't swim, but they scream ]
*

Son instant de perfection lui a été volé. Est-ce que quelqu'un sait quel mal cela peut faire à l'orgueuil, cette beauté, ce rêve qui s'échappe? La petite Sarah a dérobé un trésor. Shaï agite douloureusement ses cils pour ne pas pleurer, papillonne de rage contenue. La petite assistante regarde la nouvelle étoile défiler avec une joie mal dissimulée, heureuse dans sa cruauté d'enfant de voir écrasé l'orgueuil de celle qui l'humilie à chaque instant. Et elle croit que Sarah est différente. Elle la prend pour une héroïne. Quelle naïveté.

-

Shaï tourne son visage de glace vers Anna. Elle désigne la jeune fille qui lui a apporté la nouvelle de sa déchéance et fait un geste de la main. Un geste sec, un geste qui veut dire que personne ne se souviendra d'elle. Bouffée par les loups. Et elle s'en va. Elle tourne le dos à sa cuisante défaite. Elle se fond dans les ombres, nouvelle vassale du royaume de la Vengeance.
Anne regarde la petite assistante dans les yeux. Elle range ses affaires, lentement, tourne les talons sans un mot. Elle pose sa main sur la poignée de la porte.

-Vous pouvez débarrasser votre bureau.

La porte se referme sans bruit.

-

Le triomphe. Sarah le sent dans ses veines couler comme de l'or fondu, douloureux et grandiose à la fois. Ivre de son succès inespéré, la jeune fille slalome dans les rues de New York, entre sans s'en rendre compte dans le Club 416, le nouveau repaire des poules aux ½ufs d'argent, où toutes les mannequins boivent à la réussite de ce fashion show. Elle s'affale dans un sofa rouge, s'enfume la gorge aux odeurs capiteuses de vin, et boit. N'oublie jamais, S.

-

James ne dort pas, à l'affut dans un coin sombre plein de lumière cachée. Il observe les fauves s'abandonner un à un, reste lucide dans sa folie de vin, tapis sur une table luisante de sueur. L'oreille aux aguets, il écoute chaque bruit tinter, à la recherche de sa proie. Il est le Chasseur. Reste à ne pas se faire prendre à son propre jeu, n'est-ce pas?

-

Ça y est. Il l'a, son gibier de potence aux couleurs or. Cette fille là-bas qui rit aux éclats, qui porte sans cesse son verre à ses lèvres vermillon. Son regard cerclé de noir reste une seconde arrêté dans la lumière des spotlights, en suspens. Le regard de James glisse sur son corps enfumé, sur sa blondeur irréelle. C'est elle. La victime.

-

Sarah divague dans un océan de nuages. Quelque chose fourmille dans ses bras, le sang glacé jusqu'ici par sa froideur automatique. Un rire s'échappe de ses lèvres entrouvertes, cristallin filé de désillusion. Sa tête se renverse en arrière, elle tourne extasiée au milieu des bulles de champagnes dorées, dans un rêve qu'elle seule connaît, le rêve du serpent lové en son sein. Tout s'envole, et Sarah se réveille juste le temps d'apercevoir une main qui met quelque chose dans un verre abandonnée. Une main et une bague dorée.

-

Tout va si vite. C'est fou comme ces gens semblent courir plus que danser. Il suffit d'une seconde, et tout a changé. D'exaltée, Sarah devient acérée. De rieuse, elle devient reine. De bois, elle devient marbre. Elle regarde le club, cherche l'erreur. Où est passée l'ivresse, si ce n'est dans le malaise? Pourquoi le retour de l'Impératrice, si ce n'est pour punir un vassal?

-

Un homme est caché dans l'ombre. Il en sort, le visage dissimulé par ses cheveux, aborde une jeune femme blonde qui tangue au bord des abîmes de l'inconscience. La main du jeune homme se pose sur la joue de l'adolescente, légère et menaçante. Puis elle vole jusqu'à son dos, s'immobilise dans le creux de ses reins. D'une voix-papillon mâtinée de cruauté lasse, l'adolescent fredonne un refrain. Un éclat de lumière perce la nuit, ricoche sur une bague. Une bague en or, enroulée autour des doigts de l'inconnu.

-

L'éclat aveugle Sarah. Dans un tourbillon elle revoit cette main se pencher, cette bague tinter sur le verre, ces doigts frôler le visage. L'inconnu balaie d'un geste agacé la mèche qui lui tombe sur les yeux, révélant dans toute son ignominie le Prince des Fous, James Waste en personne. Sarah comprend, et dans son ½il brille un éclat féroce.

-

Une adolescente ondule parmi la foule avec la grâce d'une fée aux mains sanglantes. Elle fait voleter les bords de sa robe Marni imprimé floral sur le parquet, naturellement sublime et anormalement rapide. A son habitude, elle bat des cils, et le temps que les reflets argent de la salle captent toutes les variations de sa beauté, elle est près de James, doucereuse séductrice.

-On recueille les chats perdus, Waste?

Coup droit. A bien y réfléchir, cette fille lui fait vraiment penser à un félin, avec son nez retroussé et son élégance perdue dans d'incompréhensibles délires.

-Tu en veux un toi aussi, Foch?

Revers. Question, question, personne ne trouvera les réponses mais le mépris englue toujours plus leurs paroles, perdues dans un engrenage de violence inutile.

-Tu me dégoûtes.

Balle liftée. D'une voix douce, Sarah crache ces mots qu'elle ressent dans chaque parcelle de son être. Dans la salle, les danseurs se sont stoppés pour laisser place au duel des deux panthères belliqueuses.

-C'est avec plaisir.

Balle coupée. Toujours courtois, même sous les bombes, même sous les menaces, même sous le feu qui le gagne alors que l'aube pointe ses joyaux honnis, interdisant au vampire qu'il est sa nocturne activité.

Sarah frémit de rage. Qu'est ce que cette lave dans son esprit qui bouillonne? La colère l'a toujours laissée glaciale, exténuée parfois de haine dépensée sans compte, mais jamais brûlée de la sorte. Encore un mystère. Décidément.

-Tu crois que je ne t'ai pas vu?

Ace. Elle lui tourne autour avec un air cynique de magicienne grecque, déjà détentrice de sa Destinée, et un frisson parcourt son échine. Mais le jeu ne se finit pas à genoux devant le trône, jamais James ne la laissera le soumettre.

-Difficile de ne pas me voir...

Slice. Elle ne prête pas attention à son sarcasme et il ouvre les bras, souverain jusque là inégalé par son incomparable beauté.

-Il faut que tu les drogues pour les mettre dans ton lit?

Balle liftée. Un murmure, une caresse, qui le glace de la racine des cheveux au bout de ses chaussures Tom Ford sur-mesure qu'il a fait faire en Italie. Il recule sous l'accusation. Un pas qu'il lui cède, un pas de trop.

-Depuis quand mes affaires t'intéressent-elles, Foch?

Revers. Il essaye de se défendre. Lamentable, vraiment. Il ne peut rien contre elle. Est-ce que le Prince perdra son royaume par quelques paroles de l'Impératrice?

-Je n'ai personne d'autre à mépriser aujourd'hui.

Smatch. Comme une balle qu'il recevrait dans le ventre. Ah, ça fait mal, salaud? Voilà ce que les yeux des deux jeunes filles lui disent. Et puis quelque chose semble changer, l'air devient moite, gorgé du champagne qui s'écoule sans fin dans les coupes. Sarah se rapproche de lui, le frôle, ses cheveux traînent dans son cou, s'il pouvait juste... Si elle pouvait juste... ne pas être Elle.

-Personne...

Personne ne voit la balle traverser le terrain et se poser en terrain ennemi. Le souffle de l'adolescent frôle les lèvres de James. Quelle est cette passion qui la pousse à aller jusqu'au bout? Une lueur agacée traverse ses yeux couleur eau dormante. Une tempête.

-Il n'y a que toi.

Pourquoi sont-ils si près tout à coup? Pourquoi a-t-il l'impression qu'elle lui tend sa bouche? Et voilà qu'elle plisse les paupières, et le monde est suspendu à ses cils épais ourlés de noir. Il va le faire... Oui, il le sent venir, ce démon qui lui ronge les entrailles...

Un genou percute son ventre avec une violence dont il n'aurait pas cru la jeune fille capable. Il se plie en deux, haletant de douleur et de colère. Il peut juste, à travers le voile sombre qui l'aveugle, voir des doigts délicatement manucurés l'attraper par le col, relever sa tête, lui sourire. Il peut juste souffrir, quand ces doigts griffent son visage en une gifle féline plus qu'humaine, le projetant à terre, où il tombe à genoux. Point.

Et il glisse, glisse, incrédule à moitié, comme un enfant qui ne sait pas que ce qu'il a fait est mal. Mais il le sait, non? Il s'ennuyait juste, il s'ennuyait à mourir, et puis personne ne lui a interdit, alors pourquoi pas? Cela n'aurait été qu'un vice de plus, elle aurait pleuré, crié, elle serait peu-être morte, et alors? Puisque lui serait resté comme avant, et son monde aussi, alors peu importe un jouet de plus ou de moins...

Elle se penche près de son oreille et souffle d'un air hautain et triomphant:

-1-0, Waste.

Il est tombé dans le piège, mais il est prêt pour la revanche. Elle se relève, indique au jeune ange sans nom de la suivre. Un pas, deux...

Son talon s'enfonce dans la poitrine de James, juste au dessous du coeur, déchire le tissu de son smoking beige. Elle foule à ses pieds sa fierté, le plus précieux de ses biens. On dirait que notre Lady se fait des ennemis...

Il essuie avec la manche le sang qui lui coule sur le visage, là où la bague de Sarah a percuté ses dents à travers leur manteau de chair. Une traînée rouge reste sur la manche de sa chemise, comme si elle indiquait le début d'un nouveau combat, un combat où tout serait interdit, où le poison et le poignard règneraient en maîtres. Une nouvelle ère, en somme...

-Bientôt la revanche...

-

L'angelot écrase sans bruit les traces de sa bienfaitrice sur le sol, victime précoce de l'esclavage dans lequel, sans qu'elle le sache, l'a plongée son sauvetage. Elle se retourne vers l'homme qui gît à terre, pour vérifier, dans un élan de bonté qu'elle ne s'explique pas elle-même, si ses iris ne se sont pas ternis pendant ces quelques secondes sans surveillance.

-

Mais non, il la contemple de son regard triste et glacial, l'air de dire qu'elle se trompe en suivant la femme qui l'a sauvée de ses griffes, il est là, déjà accoudé au comptoir, une vodka dans une main et un jeton de poker dans l'autre, scruté de toutes parts par les importuns.

-

Elle s'en va sans honte, la tête haute, l'air de dire que demain sera fait de plumes alors que ses larmes se transforment déjà en plomb au toucher de la déesse qu'elle accompagne. La boule lumineuse, par un étrange caprice, capte un rai de lumière et l'envoie ricocher sur son visage, lui donnant une grandeur que seule sa nouvelle maîtresse peut avoir. Puis il s'éteint, et toutes deux disparaissent à la faveur de la nuit.

-

Au bar, un homme paie de quelques billets lancés au hasard, engloutit une dernière gorgée de sa boisson, remet en place son veston fendu et sort sans bruit, indifférent aux mensonges et aux vérités que l'on colporte dans son dos. La porte se referme avec force mais sans un bruit, et lui laisse les fous à leurs joyaux et les dragons à leurs royaumes, prêt déjà à une bataille qui, il le sait, le laissera brisé de coups et meurtri de baisers.

Advienne que pourra.

Si seulement tout était aussi simple.

***

# Posted on Saturday, 17 January 2009 at 8:17 AM

Edited on Thursday, 24 September 2009 at 5:18 AM